Il y a quelque chose de profondément ironique à écrire un article sur le « couple » d’Aymeric Lompret Couple. C’est un peu comme chercher de l’eau dans le désert ou tenter d’expliquer la physique quantique à un golden retriever. C’est voué à l’échec, et c’est précisément pour cela que c’est fascinant.
Aymeric Lompret Couple, c’est ce type au visage d’ange déchu, aux yeux cernés de ceux qui n’ont pas dormi depuis 1997, et à l’humour si noir qu’il pourrait servir de charbon pour alimenter une chaudière en plein hiver. Sur scène, il est le roi du « nice guy » pathétique, le mec un peu loser, un peu pervers, un peu triste, mais terriblement attachant. Il est le cauchemar de toute belle-mère et le fantasme secret de toute fille un peu borderline.
Mais dans la vraie vie ? Qui est la femme (ou l’homme) assez courageuse — ou assez masochiste — pour partager le quotidien de l’humoriste le plus dépressif de sa génération ? La réponse est simple : personne. Ou du moins, personne ne le sait. Et c’est là que réside tout le génie, volontaire ou non, du personnage.
Le Grand Vide : Pourquoi on ne sait rien

À l’ère des « couple goals » d’Instagram, où chaque influenceur vend du rêve en kit et des relations toxiques recyclées, Aymeric Lompret Couple est une anomalie. Une anomalie rafraîchissante. C’est un mur de béton. Une forteresse. Une huître.
On a beau scroller son Instagram, épier ses stories, lire les rares interviews qu’il accorde (toujours avec cette pudeur maladive, ce débit rapide pour qu’on n’ait pas le temps de poser la question qui fâche), on ne trouve rien. Pas de main tenue sur une plage, pas de photo de brunch du dimanche, pas de légende « 3 ans déjà mon amour ». Rien. Le néant. Le vide intersidéral.
Est-il célibataire ? La rumeur dit que oui. Est-il en couple depuis dix ans avec une comptable du Nord qui déteste l’humour ? C’est possible. Est-il secrètement marié à un mannequin suédois ? On en doute, vu l’énergie qu’il dépense sur scène à se décrire comme un prédateur sexuel en puissance qui échoue à chaque fois.
Ce mystère n’est pas un hasard. C’est une stratégie de survie. Lompret a compris une chose essentielle sur le stand-up : pour être drôle, il faut être un peu seul.
La maîtresse exclusive : Le Micro

Si Aymeric Lompret Couple avec quelqu’un, c’est avec son micro. C’est une relation toxique, passionnée, exclusive. Il trompe tout le monde avec son art.
Regardez-le sur scène. Il y a une intimité charnelle entre lui et le public. Il nous regarde dans les yeux, il nous susurre des horreurs, il nous caresse dans le sens du poil avant de nous griffer jusqu’au sang. C’est une performance de séduction permanente. Comment une femme réelle, en chair et en os, avec ses défauts, son pyjama pilou-pilou et ses factures à payer, pourrait-elle rivaliser avec ça ?
Lompret incarne l’archétype de l’artiste maudit moderne. Pas le poète qui meurt de la syphilis à 20 ans, mais le trentenaire angoissé qui a peur de finir seul et qui exorcise cette peur en la mettant en boîte. S’il était heureux en couple, s’il avait une vie sexuelle épanouie et normale, ses vannes tomberaient à plat. Son humour repose sur la frustration. Sur le manque. Sur ce petit garçon triste qui tape du poing sur la table en criant « Regardez-moi ! ».
Être en couple, pour lui, serait la mort de son personnage. C’est pour ça qu’il protège sa vie privée comme un secret d’État. Parce que le jour où on saura qu’il est heureux, on arrêtera de rire.
L’anti-héros romantique
Il y a quelque chose de terriblement français chez Lompret. C’est un mélange de cynisme parisien et de mélancolie provinciale. Il est l’anti-Tinder. Il est l’anti-séduction lisse.
Dans ses spectacles, notamment Célibataire ou La Tournée du Trio (avec Tanguy Pastureau et Florent Peyre), il joue le rôle du mec qui ne comprend rien aux femmes. Il est le mec qui analyse trop, qui psychote, qui imagine des scénarios catastrophes alors que la fille en face voulait juste boire un verre.
C’est drôle parce que c’est vrai. Mais c’est aussi tragique. On rit, et puis soudain, on a envie de le prendre dans nos bras. On se dit : « Mais enfin Aymeric, tu es beau, tu es drôle, tu as du talent, pourquoi tu es tout seul ? »
Et c’est là que le bât blesse. Lompret a fait de sa solitude une marque de fabrique. Il a compris que le célibat, dans notre société hyper-connectée et solitaire, est le nouveau rock’n’roll. Être seul, c’est être libre. C’est ne pas avoir de comptes à rendre. C’est pouvoir partir en tournée trois mois sans que personne ne râle.
Ses amis, Tanguy et Florent, sont ses véritables partenaires. Ils sont le couple qu’il n’a pas. Ils sont la famille. Avec eux, il a cette complicité de vieux couple qui se chamaille mais qui s’adore. C’est peut-être la seule relation stable qu’il puisse supporter.
La peur du bonheur (ou le syndrome du clown)
Il existe une vieille règle dans le monde du spectacle : un clown triste n’est drôle que s’il est triste. Si le clown se met à rire pour de vrai, le public a peur.
Aymeric Lompret Couple a peut-être peur. Peur que si on découvre sa vraie vie, on découvre un mec normal. Un mec qui aime faire du VTT, qui regarde des séries sur Netflix et qui fait ses courses chez Monoprix. Et ça, c’est invendable.
Son personnage est construit sur le malaise. Sur le « oulala, il a vraiment dit ça ? ». Ce malaise vient de l’idée qu’il est un peu dérangé. Qu’il est « borderline ». Si demain, il apparaît main dans la main avec une femme magnifique, souriant, l’air sain d’esprit, le mythe s’effondre. Il devient juste « un humoriste sympa ». Fini le génie torturé. Fini l’idole des cœurs brisés.
Alors il se cache. Il cultive le flou. Il laisse planer le doute. Est-ce qu’il aime les femmes ? Les hommes ? Les deux ? Aucune idée. Et franchement, on s’en fiche. Ce qui compte, c’est qu’il nous laisse projeter nos propres névroses sur lui. Il est le miroir de nos propres échecs amoureux. Tant qu’il est seul, on se sent moins seuls.
L’amant idéal (mais impossible)
C’est là tout le paradoxe du « Aymeric Lompret Couple ». Il est l’amant idéal pour des milliers de femmes (et d’hommes), précisément parce qu’il est inaccessible.
C’est le principe de la star de cinéma. On veut coucher avec Brad Pitt, mais on ne voudrait jamais vivre avec lui. Avec Aymeric, c’est pareil, mais en version « mec d’à côté ». On veut le sauver. On veut être celle qui lui fera oublier ses névroses, celle qui lui prouvera que l’amour existe.
Sauf que Lompret, dans sa grande lucidité, sait que c’est un piège. Il sait que l’amour, c’est chiant. C’est des compromis. C’est choisir la couleur des rideaux. C’est dire « je t’aime » et avoir peur que l’autre ne réponde pas pareil. Lui, il préfère la scène. Sur scène, l’amour est inconditionnel. Le public l’aime, peu importe s’il est sale, s’il est en sueur ou s’il raconte des blagues sur la pédophilie (qu’il manie d’ailleurs avec un génie de la dérision).
Dans la vraie vie ? Une femme lui dirait : « Aymeric, arrête de parler de cul, tu me saoules, sors les poubelles ». Et ça, c’est moins vendeur.
Conclusion : Vive le célibat
Au final, chercher à savoir avec qui Aymeric Lompret Couple, c’est passer à côté de l’essentiel. C’est vouloir déballer le cadeau avant Noël.
Il est probablement seul. Ou alors il est avec quelqu’un d’aussi discret et bizarre que lui, et ils vivent dans une grotte sans wifi. Et tant mieux. Laissons-lui ce jardin secret. Laissons-lui cette part d’ombre.
Aymeric Lompret est célibataire, et c’est son super-pouvoir. C’est ce qui lui permet de monter sur scène et de nous dire : « Je suis un monstre, mais vous m’aimez quand même ». Il est le célibataire ultime, le roi des losers magnifiques.
Alors, à toutes celles (et ceux) qui rêvent de devenir « Madame Lompret », je dirais : laissez tomber. Vous n’avez aucune chance. Sa seule maîtresse, c’est la vanne. Et franchement, elle lui va beaucoup mieux au teint.