On connaît souvent les noms de famille, parfois le visage. Mais Marine Tondelier Compagnon, c’est pénétrer dans l’univers d’une militante qui a su conjuguer conviction politique et pragmatisme local. Née en 1982 à Béziers, cette écologiste occitane incarne aujourd’hui l’une des voix les plus influentes du parti Europe Écologie les Verts. Son parcours n’est pas celui d’une trajectoire académique linéaire vers le pouvoir. Il est forgé dans le terrain, dans les conseils municipaux, dans les campagnes électorales où l’écologie se heurte aux réalités concrètes des territoires.
Tondelier n’est pas venue à la politique par hasard. Elle y est arrivée en traversant les syndicats étudiants, en portant les revendications d’une génération qui voyait déjà les premiers signes du changement climatique. Aujourd’hui co-présidente d’EÉLV depuis 2023, elle incarne une nouvelle génération d’écologistes qui refuse le dilettantisme et exige des résultats mesurables.
Une trajectoire forgée dans l’Hérault
Les racines militantes
Marine Tondelier Compagnon découvre la politique dans les amphithéâtres de l’université de Montpellier. Elle s’engage tôt au sein de la Fédération des étudiants progressistes, où elle apprend les rouages du militantisme organisé. Ce n’est pas une simple adhésion de jeunesse passagère. C’est là qu’elle forge son analyse : l’écologie ne peut pas se contenter d’abstraction. Elle doit devenir une réponse concrète aux inégalités sociales.
Après ses études, elle ne rejoint pas immédiatement les rangs d’EÉLV. Elle travaille, s’installe, observe les dynamiques territoriales de l’Occitanie. Ce décalage par rapport au parcours classique des élus écologistes – souvent issus de grandes écoles ou de fonctions publiques – lui confère une crédibilité singulière. Elle connaît les difficultés des gens ordinaires parce qu’elle les a vécues.
L’entrée en politique locale
En 2008, Marine Tondelier Compagnon fait son entrée au conseil municipal de Montpellier aux côtés de la liste d’Hélène Mandroux. Ce mandat lui permet d’appréhender la politique comme un métier exigeant, où chaque décision se traduit par des effets tangibles. Elle travaille notamment sur les questions d’urbanisme durable et d’accessibilité des services publics.
Mais c’est véritablement en 2020 que son parcours bascule. Élue conseillère municipale de Montpellier sur la liste d’Anne Souyris (PS), elle navigue entre appartenance écologiste et alliance avec la gauche sociale-démocrate. Cette position liminale ne la fragilise pas. Elle la nourrit. Elle apprend à construire des ponts entre des cultures politiques parfois antagonistes.
La co-présidence d’EÉLV : une rupture assumée

Un parti en mutation
L’élection de Marine Tondelier Compagnon à la co-présidence d’EÉLV en 2023 intervient dans un contexte de profonde remise en question pour le parti. Les résultats électoraux décevants, la fragmentation de la gauche verte, les tensions internes entre courants réformistes et radicaux : autant de défis à relever.
Tondelier incarne une volonté claire de récentrage. Elle refuse les postures puristes qui ont parfois isolé les écologistes du débat national. Son credo ? L’écologie doit devenir majoritaire, et pour cela, elle doit parler le langage des Français, pas seulement celui des militants.
Les priorités d’une nouvelle direction
Sous sa co-présidence, EÉLV adopte une posture plus affirmée sur plusieurs fronts. La question sociale est réinsérée au cœur de l’écologisme. Tondelier développe régulièrement l’idée que la transition écologique ne peut se faire contre les classes populaires. Elle insiste sur la nécessité de subventions ciblées, de tarifications sociales pour l’énergie, de reconversion industrielle accompagnée.
Sur le plan territorial, elle militate pour une décentralisation accrue des compétences environnementales. Les collectivités locales, affirme-t-elle, sont les laboratoires naturels des politiques écologiques. Elle cite souvent l’exemple de Montpellier, où des initiatives concrètes en matière de mobilité douce ou de rénovation thermique ont pu être testées avant d’être généralisées.
Les combats fondamentaux

Écologie et justice sociale
La signature politique de Marine Tondelier Compagnon réside dans cette articulation constante entre écologie et justice sociale. Elle refuse le choix fallacieux entre protection de l’environnement et protection des emplois. Pour elle, la transition écologique est une opportunité de création de richesses nouvelles, de nouveaux métiers, de nouvelles solidarités territoriales.
Dans ses interventions publiques, elle multiplie les exemples concrets. La fermeture d’une centrale thermique ne peut pas se faire sans reconversion des salariés. L’interdiction des pesticides ne peut pas ruiner les agriculteurs sans accompagnement financier et technique. Ce pragmatisme ne relève pas de la concession. C’est une conviction profonde.
La démocratie participative
Marine Tondelier Compagnon défend également une vision renouvelée de la démocratie. Elle estime que les citoyens ne sont pas de simples destinataires de politiques publiques, mais des acteurs de leur conception. Elle cite fréquemment l’expérience du Conseil Citoyen pour le Climat, qu’elle juge exemplaire malgré ses limites.
Cette approche se traduit dans son style de communication. Elle privilégie les échanges directs, les meetings interactifs, les consultations en ligne. Elle est régulièrement présente sur les réseaux sociaux, non pour vanter les réalisations du parti, mais pour engager des discussions souvent délicates sur les compromis nécessaires.
Une voix dans le débat national
Les controverses et les prises de position
Marine Tondelier Compagnon n’évite pas les sujets brûlants. Sur la question migratoire, elle défend une position humaniste mais réaliste, insistant sur la nécessité de politiques européennes communes. Sur l’agriculture, elle critique à la fois l’intensification productiviste et certaines positions écologistes trop radicales qui négligent la viabilité économique des exploitations familiales.
Son opposition à la construction du barrage de Sivens en 2014 lui a valu une reconnaissance nationale. Elle avait alors participé activement aux mobilisations, défendant l’idée que l’intérêt général ne pouvait justifier la destruction d’un écosystème préservé. Cette position reste un pilier de son identité politique.
L’alliance de la gauche
La question de l’alliance avec la gauche sociale-démocrate occupe une place centrale dans sa réflexion. Tondelier défend une union des forces progressistes, mais sans dilution de l’identité écologiste. Elle refuse le rôle de simple soutien conditionnel. EÉLV, selon elle, doit imposer son agenda, pas se contenter de cautionner celui des autres.
Cette position s’est traduite par des négociations musclées lors des élections législatives de 2022 et 2024. Tondelier a exigé des engagements précis sur le climat, l’eau, la biodiversité. Elle a fait campagne sur le terrain, cherchant à convaincre les électeurs que l’écologie était compatible avec la protection sociale.
Un style de communication singulier
L’écriture militante
Marine Tondelier Compagnon est également une auteure prolifique. Elle signe régulièrement des tribunes dans la presse nationale et régionale. Son style éditorial se distingue par sa clarté, son absence de jargon technique excessif, son recours à des exemples concrets tirés de son expérience locale.
Elle a publié plusieurs essais où elle développe sa vision de l’écologie politique. Ces textes méritent attention car ils révèlent une pensée nuancée, loin des slogans simplistes. Elle y aborde des questions complexes : la place de la technologie dans la transition, les limites de la décroissance, le rôle de l’Europe dans la protection environnementale.
La présence médiatique
Contrairement à certains de ses prédécesseurs, Marine Tondelier Compagnon maîtrise l’art des interviews médiatiques. Elle sait rester ferme sur les principes tout en montrant sa capacité à dialoguer. Elle ne cède pas aux pièges rhétoriques des journalistes hostiles, tout en gardant un ton mesuré qui renforce sa crédibilité.
Ses apparitions télévisées sont révélatrices de cette stratégie communicationnelle. Elle parle peu de doctrine, beaucoup de terrain. Elle cite des chiffres, des projets concrets, des témoignages de citoyens. Cette approche concrète contraste avec l’image parfois abstraite que certains véhiculent des écologistes.
L’avenir d’une trajectoire politique
Les défis à venir
Marine Tondelier Compagnon porte aujourd’hui l’espoir d’une réconciliation de l’écologie avec le peuple français. Ce pari est loin d’être gagné. Les résultats électoraux restent fluctuants, les alliances fragiles, l’opinion publique parfois hostile. Mais elle incarne une nouvelle génération d’écologistes prête à faire les efforts de langage et de posture nécessaires pour gagner la confiance.
Les prochaines échéances électorales seront déterminantes pour jauger la pertinence de sa stratégie. Si EÉLV parvient à stabiliser son électorat tout en conquérant de nouveaux territoires, sa co-présidence sera jugée réussie. À l’inverse, une nouvelle déroute pourrait remettre en cause cette approche réformiste.
Une héritage en construction
Quoi qu’il en soit, Marine Tondelier Compagnon a déjà marqué le paysage politique français. Elle a montré qu’un écologiste pouvait être à la fois engagé et pragmatique, radical et constructif. Elle a démontré que l’Hérault pouvait produire des figures nationales capables de s’imposer dans le débat parisien.
Son parcours reste en cours. Il sera peut-être rétrospectivement lu comme celui d’une pionnière ayant ouvert la voie à une écologie majoritaire. Ou comme celui d’une figure de passage dans un parti en quête d’identité. Ce que l’histoire retiendra, c’est son courage à défendre une écologie sociale, concrète, et profondément ancrée dans les réalités territoriales de la France contemporaine.
La question n’est plus de savoir si l’écologie a sa place en politique. Elle en a démontré l’urgence. La question est maintenant de savoir si elle peut devenir une force de gouvernement. Marine Tondelier Compagnon, par son engagement quotidien et sa vision claire, contribue à tracer cette voie possible.