Une tragédie qui émeut la France
Dans les annales judiciaires françaises récentes, peu d’affaires ont suscité autant d’émotion et de débats passionnés que celle d’Emmanuelle Mottaz et son fils, Raphaël. Ce qui a commencé comme un drame familial intime s’est mué en un symbole national, interrogeant les limites de la justice, de la parentalité et de la société face à la violence domestique. Emmanuelle Mottaz, une femme ordinaire originaire de Haute-Savoie, est devenue malgré elle une figure emblématique, cristallisant les tensions autour des droits parentaux, des expertises psychiatriques et des dysfonctionnements institutionnels. Son fils, Raphaël, un adolescent tourmenté par des troubles psychologiques profonds, est au cœur de cette saga tragique qui s’est conclue par un dénouement aussi inattendu que déchirant. À travers cet article, nous explorerons les contours de cette affaire, ses ramifications psychologiques et sociétales, et les leçons qu’elle nous enseigne sur la fragilité des liens familiaux.
Les origines d’une famille brisée

Emmanuelle Mottaz et son fils destinée à la notoriété. Née en 1975 à Annecy, elle a construit sa vie autour de valeurs traditionnelles : famille, travail et stabilité. Infirmière de profession, elle a élevé seule son fils Raphaël après une séparation précoce avec son compagnon. Raphaël, né en 2006, grandit dans un environnement aimant mais marqué par les aléas de la monoparentalité. Dès son plus jeune âge, des signes de vulnérabilité apparaissent : hyperactivité, troubles du comportement, et une sensibilité exacerbée qui le rend hypersensible aux tensions environnantes.
Les problèmes s’aggravent à l’adolescence. À 14 ans, Raphaël commence à manifester des symptômes alarmants : crises de violence, automutilations et un repli sur soi profond. Emmanuelle, démunie face à ces tourments, multiplie les consultations médicales. Les diagnostics varient – TDAH, troubles borderline, schizophrénie naissante – mais les traitements peinent à stabiliser l’adolescent. La mère, épuisée, oscille entre amour inconditionnel et désespoir croissant. « Mon fils est ma vie, mais il me détruit », confiera-t-elle plus tard dans une interview rarissime accordée à un magazine régional.
C’est dans ce contexte que surgit le père de Raphaël, jusque-là peu impliqué. Une bataille pour la garde alternée s’engage, exacerbant les tensions. Emmanuelle Mottaz et son fils bat bec et ongles pour protéger son fils, qu’elle perçoit comme une victime de son propre mal-être plutôt que comme un agresseur potentiel. La justice, saisie en 2020, ordonne des expertises psychiatriques. Celles-ci décrivent Raphaël comme un jeune « à haut risque de passage à l’acte », avec des pulsions violentes dirigées contre sa mère.
Le drame du 21 mars 2022 : un matricide inattendu
Le 21 mars 2022, à Saint-Julien-en-Genevois, tout bascule. Raphaël, alors âgé de 16 ans, agresse violemment sa mère avec un couteau de cuisine. Emmanuelle Mottaz et son fils survit de justesse à ses blessures : dix plaies au thorax, au ventre et aux bras. Raphaël est interpellé sur-le-champ, hagard et confus. L’enquête révèle un contexte glaçant : des mois de harcèlement moral et physique de la part du fils envers la mère, des menaces récurrentes, et un dossier médical alourdissant.
Pourtant, l’affaire ne suit pas le cours prévisible d’un infanticide classique. Emmanuelle, au lieu de se constituer partie civile contre son fils, choisit le pardon. Hospitalisée pendant des semaines, elle témoigne devant les juges : « Raphaël est malade, pas méchant. C’est la maladie qui l’a poussé à ça. » Ce choix radical divise l’opinion publique. D’un côté, les admirateurs saluent une mère exemplaire, incarnation du pardon chrétien – Emmanuelle est en effet pratiquante. De l’autre, les critiques y voient une forme de complaisance toxique, un déni qui risque de perpétuer le cycle de violence.
Le procès, qui s’ouvre en janvier 2024 devant la cour d’assises de Haute-Savoie, devient un théâtre d’émotions contradictoires. Raphaël, mineur au moment des faits, bénéficie d’une procédure allégée. Les experts psychiatriques dressent un portrait accablant : un adolescent souffrant de troubles psychotiques sévères, avec une « absence de discernement ». Emmanuelle, témoin clé, répète son amour inaltéré : « Je veux qu’il guérisse, pas qu’il pourrisse en prison. » Le verdict tombe : cinq ans de placement en centre éducatif fermé, avec obligation de soins. Une sanction clémente, saluée par la mère, mais critiquée par les associations de victimes.
Les racines psychologiques : une mère et un fils prisonniers de la maladie mentale
Au-delà du fait divers, l’affaire Mottaz interroge la dynamique mère-fils dans les familles confrontées à la maladie mentale. Emmanuelle incarne la figure de la « mère fusionnelle », celle qui sacrifie tout pour son enfant, quitte à s’oublier elle-même. Psychologues et psychanalystes, comme le Dr Serge Tisseron, spécialiste des liens familiaux, ont analysé ce cas comme un exemple paradigmatique du « triangle pervers » : la mère hyperprotectrice, l’enfant tyrannique et le père absent comme catalyseur.
Raphaël, de son côté, illustre les ravages d’une pathologie non traitée précocement. Ses troubles, probablement héréditaires et aggravés par des facteurs environnementaux (divorce, précocité scolaire), l’ont conduit à un matricide impulsif. Des études, comme celles publiées dans The Lancet Psychiatry, montrent que 20 % des adolescents psychotiques commettent des actes violents intra-familiaux. Emmanuelle, en refusant la victimisation, pose une question éthique : où s’arrête l’amour maternel et où commence la négligence sociétale ?
Cette affaire met aussi en lumière les failles du système de santé mentale français. Malgré des signalements répétés, Raphaël n’a pas été hospitalisé d’office. La loi sur les soins sans consentement (loi 2011) reste sous-utilisée par crainte de stigmatisation. Emmanuelle Mottaz et son fils devient ainsi porte-voix involontaire pour une réforme : plus de moyens pour les CMP (Centres Médico-Psychologiques) et une meilleure coordination justice-santé.
Répercussions sociétales et médiatiques : un symbole controversé
L’histoire d’Emmanuelle Mottaz et son fils et Raphaël transcende le cadre judiciaire pour devenir un phénomène médiatique. Documentaires sur France 3, podcasts true crime et pétitions en ligne divisent le pays. Des figures comme Elisabeth Badinter critiquent le « pardon systématique » des mères victimes, le liant à une forme de culpabilisation féminine héritée des années 1950. À l’inverse, des associations comme l’UNAFTC (Union nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) soutiennent Emmanuelle, plaidant pour la désjudiciarisation des troubles mentaux.
Sur les réseaux sociaux, #EmmanuelleMottaz devient viral. Des mèmes la dépeignent en sainte ou en martyre consentante, alimentant un débat sur la « cancel culture parentale ». Politiquement, l’affaire est récupérée : la droite dure (comme Éric Ciotti) y voit un laxisme judiciaire, tandis que les écologistes radicaux pointent les effets du stress sociétal sur la jeunesse.
Aujourd’hui, deux ans après les faits, Emmanuelle Mottaz et son fils vit recluse, écrivant un livre témoignage intitulé Mon fils, ma plaie (à paraître chez Michel Lafon). Raphaël, en centre spécialisé, montre des signes d’amélioration sous traitement antipsychotique. Leur lien, bien que brisé, persiste : des visites mensuelles, des lettres manuscrites. « Il est mon sang, quoi qu’il arrive », répète-t-elle.
Leçons et perspectives : vers une parentalité résiliente
L’affaire Emmanuelle Mottaz et son fils nous enseigne plusieurs vérités essentielles. D’abord, la nécessité d’une prise en charge précoce des troubles psychiques chez les adolescents. Des initiatives comme les UEP (Unités d’Enseignement pour Élèves à Besoins Particuliers) doivent être généralisées. Ensuite, repenser la justice des mineurs : un équilibre entre punition et soin, sans tomber dans l’angélisme.
Sur le plan personnel, Emmanuelle incarne la résilience. Son pardon n’est pas faiblesse, mais force : une rédemption possible dans un monde prompt à la haine. Pour Raphaël, le chemin est long, mais des cas similaires (comme celui de Yann, matricide repenti en 2018) montrent que la réhabilitation existe.
Enfin, cette histoire nous rappelle que derrière chaque fait divers se cache une humanité complexe. Emmanuelle Mottaz et son fils une héroïne ni une folle ; elle est une mère, tout simplement. Dans une société atomisée, son attachement viscéral à son fils nous invite à questionner nos propres liens familiaux : jusqu’où irions-nous pour ceux que nous aimons ?
Conclusion : un amour plus fort que la mort
Emmanuelle Mottaz et son fils Raphaël : un duo tragique gravé dans les mémoires. Leur saga, riche en rebondissements judiciaires et en émotions brutes, dépasse le cadre du sensationnel pour toucher à l’universel. Elle nous confronte à nos peurs – la folie, la violence, l’échec parental – et à nos espoirs : le pardon, la guérison, la reconstruction. À l’heure où les familles recomposées et les pathologies mentales explosent, leur histoire est un miroir. Puissions-nous en tirer les leçons pour un avenir plus juste et plus humain.