Le paysage médiatique français compte ses figures incontournables, celles qui marquent les esprits par leur professionnalisme et leur capacité à incarner une certaine vision du journalisme. Lenny Roselmack fait indéniablement partie de ces personnalités qui ont su tracer leur route avec détermination, passant du statut de jeune animateur prometteur à celui de producteur influent et présentateur respecté.
Un parcours façonné par la passion du journalisme
Né le 18 décembre 1968 à Fort-de-France en Martinique, Gilles Roselmack – de son vrai nom – grandit dans un environnement où la culture et l’information occupent une place prépondérante. Cette enfance antillaise forge en lui une sensibilité particulière aux questions de société et une ouverture sur le monde qui deviendront les piliers de sa carrière.
Son arrivée en métropole pour ses études marque le début d’une aventure professionnelle atypique. Contrairement à beaucoup de ses confrères passés par les grandes écoles de journalisme, Roselmack emprunte un chemin différent. Il débute sa carrière dans les coulisses de la télévision, apprenant le métier sur le terrain. Cette approche pragmatique lui permet d’acquérir une connaissance approfondie des rouages de l’audiovisuel.
Les années 1990 voient ses premiers pas devant la caméra. D’abord sur des chaînes musicales, où il anime des émissions consacrées au R&B et au hip-hop, genres alors en pleine émergence en France. Cette spécialisation lui permet de développer une expertise unique et de toucher un public jeune, souvent délaissé par les médias traditionnels.
L’ascension vers TF1 et la consécration nationale
Le tournant majeur de sa carrière survient en 2006. TF1, première chaîne française, cherche à renouveler son image et à diversifier ses visages. Lenny Roselmack devient alors le premier présentateur noir du journal télévisé de 13 heures sur une grande chaîne nationale française. Une nomination qui fait date.
Cette responsabilité, il l’assume avec un professionnalisme exemplaire durant deux années. Face aux critiques et aux attentes, parfois contradictoires, il impose son style : rigoureux sans être rigide, accessible sans tomber dans la facilité. Sa voix grave et posée devient rapidement familière aux téléspectateurs français.
Mais réduire Lenny Roselmack à cette période serait méconnaître l’ampleur de son parcours. Après le JT, il explore d’autres formats. “Sept à huit”, le magazine d’information de TF1, devient son nouveau terrain d’expression. Il y développe une approche plus personnelle du journalisme, allant à la rencontre de personnalités et explorant des sujets de société avec une profondeur rarement atteinte dans ce type d’émission.
Une approche singulière du journalisme d’investigation

Ce qui distingue véritablement Lenny Roselmack dans le paysage médiatique français, c’est sa capacité à traiter des sujets sensibles avec nuance et intelligence. Les questions de discrimination, d’intégration, de diversité culturelle trouvent en lui un interprète subtil, capable d’éviter les écueils du sensationnalisme comme ceux du politiquement correct.
Ses reportages pour “Sept à huit” témoignent de cette approche. Qu’il s’agisse d’explorer les coulisses du pouvoir, de décrypter les mécanismes de la radicalisation ou d’analyser les transformations de la société française, il apporte systématiquement un regard équilibré et documenté. Cette rigueur journalistique lui vaut le respect de ses pairs et la fidélité d’un public exigeant.
L’émission “90′ Enquêtes”, qu’il présente sur TMC depuis plusieurs années, représente un autre volet de son expertise. Le format long permet d’approfondir des thématiques complexes : criminalité, faits divers, phénomènes de société. Lenny Roselmack y démontre sa capacité à maintenir l’attention du téléspectateur tout en respectant les règles déontologiques du journalisme.
Le producteur et l’entrepreneur médiatique
Parallèlement à ses activités de présentateur, Lenny Roselmack développe une carrière de producteur. Sa société de production travaille sur des documentaires et des magazines qui reflètent sa vision du journalisme : exigeant sur le fond, accessible sur la forme.
Cette double casquette lui permet de contrôler davantage la ligne éditoriale de ses projets. Il peut ainsi explorer des sujets parfois délaissés par les grands médias, donner la parole à des communautés sous-représentées, proposer des angles originaux sur l’actualité.
Son expérience de producteur enrichit également sa pratique du journalisme. Comprendre les contraintes économiques et techniques de la production télévisuelle lui permet d’optimiser ses tournages, de négocier avec plus d’efficacité les moyens nécessaires à ses reportages.
Une voix dans le débat public français
Au-delà de son travail télévisuel, Lenny Roselmack s’impose comme une voix importante dans les débats qui traversent la société française. Ses prises de position, toujours mesurées mais jamais timorées, sur les questions de représentation médiatique, de diversité ou de traitement de l’information contribuent à faire évoluer les mentalités.
Il intervient régulièrement dans des conférences, des tables rondes, des émissions de débat. Sa légitimité, construite sur des années de pratique professionnelle irréprochable, lui permet d’aborder des sujets sensibles avec autorité. Quand il parle du manque de diversité dans les médias français, son expérience personnelle donne du poids à ses arguments.
Cette position d’intellectuel médiatique ne l’éloigne pas pour autant du terrain. Lenny Roselmack continue de privilégier le reportage, le contact direct avec les réalités qu’il décrit. Cette connexion permanente avec le réel nourrit sa réflexion et garantit la pertinence de ses analyses.
Les défis d’une carrière sous les projecteurs
Naviguer dans l’univers médiatique français quand on incarne, qu’on le veuille ou non, une forme de diversité, représente un défi permanent. Lenny Roselmack a dû composer avec des attentes parfois contradictoires : être le porte-parole de communautés qu’il ne prétend pas représenter, maintenir une neutralité journalistique tout en assumant sa singularité, répondre aux critiques sans tomber dans la polémique stérile.
Ces défis, il les a relevés avec une constance remarquable. Jamais il n’a cédé à la facilité du communautarisme, pas plus qu’il n’a renié ses origines. Cette ligne de crête, difficile à tenir, fait de lui un modèle pour de nombreux jeunes journalistes issus de la diversité.
Sa longévité dans le métier témoigne également d’une capacité d’adaptation rare. Les médias ont connu des transformations profondes ces vingt dernières années : explosion d’internet, fragmentation des audiences, crise économique du secteur. Lenny Roselmack a su négocier ces virages, passant de TF1 au groupe TF1 dans son ensemble, développant une présence sur plusieurs supports, anticipant les évolutions du métier.
L’impact sur le paysage médiatique français
L’influence de Lenny Roselmack sur les médias français dépasse largement sa seule personne. Son parcours a ouvert des portes, créé des précédents, modifié des perceptions. Après lui, la présence de journalistes issus de la diversité dans des positions prestigieuses paraît moins exceptionnelle, même si le chemin vers une véritable représentativité reste long.
Les jeunes professionnels qui entrent aujourd’hui dans le métier bénéficient, qu’ils en soient conscients ou non, du travail de défrichage effectué par Lenny Roselmack et quelques autres pionniers. Les rédactions sont plus ouvertes, les directions plus sensibles à la nécessité de refléter la diversité de la société française.
Cette évolution ne doit pas masquer les difficultés persistantes. Le plafond de verre existe toujours, les stéréotypes perdurent, les résistances demeurent. Mais la trajectoire de Lenny Roselmack prouve qu’il est possible de les surmonter par le talent, le travail et la persévérance.
Un style journalistique reconnaissable
Ce qui frappe dans le travail de Lenny Roselmack, c’est la cohérence de son approche éditoriale. Qu’il traite d’un fait divers dramatique ou d’un phénomène de société complexe, on retrouve les mêmes qualités : précision factuelle, contextualisation rigoureuse, respect des personnes interviewées.
Son style narratif privilégie la clarté sans sacrifier la nuance. Il sait vulgariser sans simplifier à l’excès, dramatiser sans tomber dans le sensationnalisme. Cette maîtrise des codes télévisuels, alliée à une solide culture générale, lui permet de traiter une grande variété de sujets avec la même efficacité.
La voix de Roselmack, immédiatement reconnaissable, participe de cette signature éditoriale. Grave et posée, elle confère une gravitas naturelle aux sujets qu’il aborde. Cette autorité vocale, loin d’être un simple atout physique, reflète une autorité intellectuelle construite sur des années de pratique professionnelle.
Les projets et les perspectives d’avenir
À plus de cinquante ans, Lenny Roselmack continue d’explorer de nouveaux territoires médiatiques. Le développement du numérique ouvre des perspectives qu’il observe avec intérêt. Les nouvelles formes de narration, les formats innovants, les plateformes émergentes représentent autant d’opportunités pour renouveler sa pratique journalistique.
Sa société de production travaille sur des projets ambitieux, mêlant investigation traditionnelle et nouvelles technologies. L’objectif reste constant : informer, éclairer, faire comprendre. Mais les moyens évoluent, s’adaptent aux nouvelles habitudes de consommation médiatique.
L’engagement de Roselmack dans la formation des jeunes journalistes mérite également d’être souligné. Par ses interventions dans les écoles, ses masterclasses, son mentorat informel, il transmet son expérience et ses valeurs professionnelles. Cette transmission représente pour lui une responsabilité aussi importante que son travail d’antenne.
L’évolution du paysage médiatique français dans les années à venir déterminera en partie les orientations futures de sa carrière. Face à la concurrence des réseaux sociaux, à la crise de confiance dans les médias traditionnels, au défi de la désinformation, des journalistes comme Roselmack incarnent une forme de résistance. Leur crédibilité, construite sur la durée, représente un capital précieux dans un écosystème informationnel de plus en plus fragmenté.
Une figure emblématique du journalisme contemporain
Lenny Roselmack incarne finalement une certaine idée du journalisme français : professionnel sans être distant, engagé sans être partisan, moderne sans renier les fondamentaux du métier. Son parcours illustre les transformations de la société française, ses avancées comme ses résistances.
Plus qu’un simple présentateur télé, il représente une génération de professionnels qui ont dû batailler pour imposer leur légitimité tout en maintenant les plus hauts standards de qualité journalistique. Cette double exigence forge des personnalités singulières, capables d’apporter au débat public une richesse que l’entre-soi médiatique traditionnel peine parfois à produire.
L’héritage de Lenny Roselmack dans le journalisme français se mesure autant dans les émissions qu’il a présentées que dans les portes qu’il a ouvertes, les préjugés qu’il a contribué à faire tomber, les vocations qu’il a suscitées. Dans un paysage médiatique en perpétuelle mutation, des figures comme la sienne rappellent que le journalisme reste avant tout une affaire d’humains parlant à d’autres humains, avec sincérité, compétence et respect.