Il y a cinq ans, Olivier Dauvers enfants a publié sur son blog une photo simple, qui a fait le tour des réseaux sociaux et a touché des milliers de parents français. On y voit son fils, alors âgé de sept ans, assis sur le pas de la porte de leur maison de banlieue, les mains vides, les yeux perdus dans le feuillage du jardin. Sous la photo, la légende était courte et percutante : « Il n’a pas de devoir ce soir. Il n’a pas de cours de foot, pas de stage de code, pas d’atelier de peinture obligatoire. Il ne fait rien. Et c’est parfait. »
Ce post n’était pas un manifeste théorique, pas un discours d’expert. C’était le témoignage d’un père qui avait décidé de résister à la pression invisible qui pèse sur tous les parents aujourd’hui : la peur de ne pas faire assez pour ses enfants, la crainte de les laisser « perdre du temps », l’obligation de les transformer en petits modèles d’efficacité, prêts à affronter un monde compétitif dès l’âge de l’école maternelle.
Olivier Dauvers enfants d’abord connu pour avoir dénoncé, pendant des années, la précarité du travail en France, la dégradation des conditions de vie des salariés, la montée de l’instabilité professionnelle. Il a passé des mois à rencontrer des intermittents du spectacle, des salariés précaires, des chômeurs de longue durée, pour donner voix à ceux qui ne sont pas entendus dans les médias mainstream. Mais c’est en devenant père de deux enfants que son combat a pris une nouvelle dimension : il a réalisé que les mêmes logiques néolibérales qui font du travailleur une ressource à optimiser touchaient aussi les enfants, réduits à des « futurs salariés » à former dès leur plus jeune âge, plutôt qu’à des êtres humains qui ont le droit de vivre leur enfance dans le présent.
L’industrie de l’optimisation des enfants

Avant de devenir père, Dauvers consacrait l’essentiel de son travail à enquêter sur le monde du travail. Mais quand ses enfants ont commencé l’école maternelle, il a commencé à observer le monde à travers un autre prisme. Il a remarqué que les parents avec qui il parlait dans la file de l’école ou lors des réunions de classe ne parlaient plus que de devoirs, de stages, de résultats scolaires. Il a vu des enfants de six ans pleurer parce qu’ils n’avaient pas obtenu une note suffisante sur un devoir de mathématiques. Il a entendu des enseignants se plaindre d’être contraints de prioriser les évaluations plutôt que l’écoute des élèves, pour répondre aux objectifs fixés par le ministère de l’Éducation nationale.
C’est alors qu’il a décidé de diriger son enquête vers l’enfance. Dans des colonnes pour Mediapart, dans des conférences, dans ses livres, il a commencé à dénoncer ce qu’il appelle « l’industrie de l’optimisation des enfants » : un système où chaque moment de la vie d’un enfant doit être utilisé pour le former, pour le rendre plus compétitif, pour éviter qu’il ne « reste en retard » par rapport aux autres.
Il a recueilli des témoignages qui font froid dans le dos : une petite fille de CE1 qui lui a dit, les yeux rouges de fatigue : « Je suis fatiguée de devoir être bonne tout le temps. » Un enseignant de CP qui a admis avoir dû annuler des séances de jeu pour rattraper le programme scolaire. Un père qui a confié avoir passé des nuits à pleurer parce qu’il ne pouvait pas payer les cours de piano de sa fille, et qui se sentait un échec parce qu’il ne parvenait pas à offrir à son enfant « les atouts nécessaires pour réussir ».
Ce qui distingue le travail d’Olivier Dauvers enfants celui d’autres experts en éducation, c’est qu’il ne blâme pas les parents. Il ne dit pas : « Vous faites mal à vos enfants en les surprogrammant. » Il explique plutôt que les parents sont eux-mêmes victimes d’un système qui ne leur laisse pas le choix.
La liaison entre précarité parentale et perte de l’enfance
Dauvers insiste sur un point essentiel : la précarité du travail et la précarité de l’enfance sont indissociables. Si un parent doit travailler deux emplois pour payer le loyer, il ne peut pas passer l’après-midi à jouer dans le parc avec son enfant. Il doit alors l’inscrire dans des activités structurées, pas parce qu’il veut le former, mais parce qu’il n’a pas le temps de le superviser. Si un parent est menacé de licenciement à chaque moment, il a peur que son enfant ne soit pas « prêt » pour le monde du travail, et il cherche à lui donner tous les atouts possibles, même si cela signifie le surcharger de devoirs et de stages.
Il a écrit à ce sujet : « On ne peut pas demander aux parents de laisser leurs enfants jouer dehors si ces parents ne savent pas s’ils auront assez d’argent pour payer le repas du lendemain. On ne peut pas demander aux enseignants de prendre le temps d’écouter chaque élève si ils sont surchargés de travail et évalués sur des résultats qui ne tiennent pas compte de la réalité de chaque enfant. La lutte pour l’enfance est d’abord une lutte pour une société plus juste pour les adultes. »
Ce lien entre la condition des parents et celle des enfants est ce qui fait la force de son travail : il ne traite pas l’enfance comme un sujet isolé, mais comme un reflet de l’état de la société dans son ensemble.
La défense du temps mort

Un des thèmes centraux de son travail est la défense du « temps mort » pour les enfants : ce temps où l’enfant ne fait rien de structuré, où il rêve, où il joue avec des caisses de carton, où il court dans le parc sans but précis. Olivier Dauvers enfants insiste sur le fait que ce temps n’est pas perdu : c’est au contraire le temps où l’enfant développe sa créativité, sa capacité à résoudre des problèmes par lui-même, sa confiance en lui.
Il cite des études scientifiques qui montrent que les enfants qui ont beaucoup de temps de jeu non structuré ont une meilleure santé mentale, de meilleures compétences sociales, et même de meilleurs résultats scolaires à long terme, parce qu’ils apprennent à apprendre par eux-mêmes, pas parce qu’on leur impose des connaissances.
Mais Olivier Dauvers enfants ne se présente pas comme un modèle de père parfait. Il avoue avoir succombé à la pression à plusieurs reprises. Il raconte avoir inscrit son fils dans un cours de code quand il avait six ans, parce que tous les autres parents de la classe l’avaient fait. Mais il a vite réalisé que son fils détestait ces séances : il rentrait chez lui le soir, fatigué et contrarié. Il a alors décidé de ne plus l’inscrire, et de laisser lui choisir ce qu’il voulait faire, même si ce choix était de ne rien faire du tout.
« Je ne suis pas un père idéal », dit-il souvent. « Je me trompe tout le temps. Mais ce qui est important, c’est de se rendre compte que la pression est un piège, et de tenter de s’en sortir, même si ce n’est pas facile. »
Réception et impact de son travail
Son travail a eu un impact important en France. Beaucoup de parents ont retrouvé leur voix grâce à lui : ils ont cessé de se sentir coupables de laisser leurs enfants « perdre du temps », ils ont commencé à demander aux écoles de réduire le nombre de devoirs et de tests, ils ont organisé des « jours sans devoirs » dans certaines écoles. Des groupes de parents se sont formés pour défendre le droit à l’enfance, et Dauvers a souvent été leur soutien et leur voix médiatique.
Mais il a aussi reçu des critiques. Certains experts en éducation ont accusé lui d’être trop pessimiste, de peindre une image trop sombre de l’enfance en France. Olivier Dauvers enfants ont dit qu’il négligeait le fait que certaines activités structurées sont bénéfiques pour les enfants, comme le sport ou la musique, si elles sont choisies par l’enfant lui-même.
Dauvers répond à ces critiques en disant qu’il n’est pas pessimiste, mais réaliste. « Je ne dis pas que toutes les activités structurées sont mauvaises », explique-t-il. « Je dis que le problème vient quand ces activités deviennent une obligation, quand elles remplacent tout le temps de jeu non structuré, quand les parents les choisissent par peur plutôt que par plaisir pour l’enfant. »
Il ajoute : « Ce que je veux, c’est que les enfants puissent avoir le choix. Le choix de jouer, le choix de ne rien faire, le choix de faire ce qu’ils aiment, pas ce que les adultes pensent qu’ils devraient aimer. »
La crise post-Covid et l’avenir de l’enfance
La crise sanitaire de Covid-19 a amplifié tous les problèmes que Dauvers dénonçait depuis des années. Pendant les confinements, les enfants ont été isolés, ont perdu du temps de jeu avec leurs amis, ont été contraints de suivre des cours à distance, souvent dans des conditions difficiles. Et après la fin des confinements, les autorités ont demandé aux enfants de « rattraper le retard scolaire » en quelques mois, comme si leur santé mentale n’avait pas d’importance.
Dauvers a écrit à ce sujet : « On a traité les enfants comme des machines à apprendre, pas comme des êtres humains. On a oublié que ce qu’ils avaient besoin, c’était de retrouver leurs amis, de jouer, de rire, pas de faire plus de devoirs. »
Aujourd’hui, les chiffres sont alarmants : selon l’Observatoire national de la santé mentale des enfants et des adolescents, près de 20 % des enfants de 6 à 17 ans souffrent de troubles de santé mentale, contre 12 % avant la crise. Dauvers insiste sur le fait que cette crise n’est pas accidentelle : c’est la conséquence d’un système qui ne respecte pas l’enfance.
Conclusion : l’enfance n’est pas un investissement
Olivier Dauvers enfants propose pas de recette miracle pour éduquer des enfants. Il ne dit pas ce qu’il faut faire, mais ce qu’il faut éviter : éviter de réduire l’enfance à une phase de préparation à la vie adulte, éviter de surcharger les enfants de contraintes et de pressions, éviter de faire d’eux des objets d’optimisation.
Ce qu’il nous rappelle, c’est que l’enfance n’est pas un investissement. Ce n’est pas un projet à réaliser, un but à atteindre. C’est une vie en soi, une période précieuse où l’enfant a le droit d’être heureux, de faire des erreurs, de rêver, de jouer, de ne rien faire.
Sa lutte pour l’enfance est une lutte pour une société plus humaine. Parce que si nous ne respectons pas l’enfance, nous ne respectons pas non plus l’homme que deviendra cet enfant. Parce que si nous apprenons aux enfants à être des machines à performer dès leur plus jeune âge, nous ne pourrons pas espérer construire une société plus juste, plus solidaire, plus humaine.
Il y a quelques mois, Dauvers a publié un nouveau post sur son blog. Cette fois, c’était une photo de ses deux enfants, âgés maintenant de 12 et 10 ans, qui construisaient un fort avec des caisses de carton dans le jardin. Sous la photo, il écrivait : « Ils ne font rien de utile. Et c’est exactement ce qu’il faut. »
C’est peut-être là la meilleure leçon qu’Olivier Dauvers enfants nous donner : l’essentiel de la vie ne se trouve pas dans ce qui est utile, mais dans ce qui est beau, dans ce qui est libre, dans ce qui est enfantin.